Blog

Faire sauter les barrières et revenir à des choses simples

#témoignage
achille-aux-jmj-hors-norme-avec-larche-co

Achille, étudiant à Polytechnique, au service de personnes de Foi et Lumières pour les JMJ Hors-Norme.


Avec deux amis de prépa on avait prévu d’être au « service » des JMJ de L’Arche & Co. Dans le car en roulant vers Cracovie, Blandine nous a dit : « On a besoin de gars comme vous. Est-ce que vous êtes chauds pour être en binôme avec une personne de Foi et Lumière ? » On avait déjà eu un bon feeling avec Benoît, rencontré dans le bus, alors on a dit ok.

On s’occupe tous les 3 de Samuel, qui est autiste, ne parle pas et est très peu indépendant. Mais il est génial ! On doit l’accompagner partout : à la douche, pour le coucher, etc. Au début il était un peu timide et après quelques jours il a manifesté sa joie de plus en plus souvent. Et il danse de manière incroyable ! Aucun de nous trois ne connaissait le monde handicap mental, du coup on ne fait pas tout parfaitement… Par exemple une nuit, il est parti aux WC et il ne les a pas trouvés alors il a fait dans son pyjama. On est là juste avec notre bonne volonté. Et il y a du mieux : cette nuit il a trouvé les toilettes ! Tout à l’heure on l’a entendu faire un vrai son. On n’a rien compris mais il a dit des syllabes et tout… Pour nous aider à accompagner Samuel on nous avait dit : « S'il met sa tête dans ses mains ça veut dire qu’il ne va pas bien ». Par contre on ne nous a pas trop expliqué comment faire « pour que ça aille ». C’est aussi ça le jeu : lui il n’a pas eu de topo sur nous ! C’était à nous de le rencontrer.

La nuit on s’occupe aussi de trois personnes trisomiques qui sont en binômes avec des filles la journée. Ils ont trois personnalités bien différentes : Benoît saute partout, François se promène avec les mains dans le dos tranquillement et Damien est un vieux râleur filou. Une fois Damien a pris plus d’une heure pour prendre sa douche. Arrivé là-bas, il dit : « Oh, j’ai oublié ma trousse de toilette ». Ensuite il sort se sécher mais il est déjà tout sec. Je lui dis « Mais tu n’es pas rasé… Mais tu n’es pas douché du tout en fait ! » Il retourne dans la douche et j’entends l’eau couler pendant 5 minutes et il sort avec les pieds mouillés seulement. Il laissait couler l’eau juste à côté. Un soir il s’est glissé sur la scène du concert de Be Witness malgré les cordons de sécurité. Quelqu’un a voulu le faire descendre et il a fait un pied de nez. Chacun dans leur style, ils sont trop mignons.

J’avais déjà eu une petite expérience du handicap mental dans mon collège. Il y avait un garçon handicapé dans ma classe, mais ce n’était pas facile ni pour lui, ni pour nous. Ce n’était pas de la méfiance mais juste une méconnaissance. Une méconnaissance de la joie de la rencontre ! Il y a un ESAT [NDLR : lieu de travail protégé pour les personnes handicapées] juste à côté de chez moi et quand je passe devant je suis un peu gêné. Mais maintenant je n’ai qu’une seule envie c’est d’aller leur parler, ou même juste sourire. Etre plus simple. Je trouve qu’ils sont très,très humains, parfois plus que la majorité d’entre nous.

Dans la société, il i y a des espèces de critères… Quand quelqu’un va mal par exemple on est gêné d’aller le voir. En fait il suffit de lui dire : « Qu’est-ce que je peux faire pour toi » ? Ça suffit. Et s’il n’y a rien à faire, ce n’est pas grave. Avec sourire oublier cette gêne. Pendant la veillée un chanteur de Be Witness racontait que sa sœur trisomique allait voir les gens dans la rue pour leur dire : « T’es beau ». Une personne entre guillemets normale ne ferait pas ça parce qu’on est gêné… Alors qu’en fait on est trop content. Comprendre, ça fait sauter les barrières. Dans le camp de L’Arche & Co il y a une joie incroyable. Il suffit de croiser quelqu’un et de lui faire un grand sourire. Cette ambiance pousse à faire sauter les barrières.

Faire sauter les barrières ? Dans la vie, tout le monde se regarde. Tout le monde est pressé. Tout le monde à des choses à faire. La vie est compliquée. Ici on revient à des choses simples. On fait sauter des barrières qui n’ont rien à faire dans des choses simples.

Aujourd’hui je suis en école d’ingénieur.  J’aime tout ce qui est maths, physique, théorie. Il y a des choses géniales à faire. La fusion nucléaire par exemple offre un moyen d’énergie quasiment illimité. Les isotopes de l’hydrogène, les molécules d’eau, l’énergie propre, sans déchets radioactifs… Quel regard de catholique poser pour garder le côté humain de mon futur métier ? Pour ne pas faire de capitalisme sanglant ? C’est une question que je me pose en ce moment. On n’est pas là pour écraser les gens. L’objectif, c’est de créer de la valeur.

Pour certain les JMJ c’est aussi l’occasion de retrouver la Foi. Elle explose ici… Pour tout le monde. Et moi… La Foi, je la cherche et je l’espère. Elle est en développement. Je prie pour l’avoir.

Propos recueillis par Anne Pernot

En savoir plus

Des free hugs à volonté

#témoignage
marc-et-alexandre-de-handamitie-aux-jmj-hors-norme-de-larche-co

Rencontre avec Marc de Handamitié et Alexandre, son binôme Scout. Propos receuillis par Anne Pernot


Anne P. : Marc, qui es-tu ? Avec quel groupe es-tu venu aux JMJ Hors-Normes ?

Marc : Moi je fais partie du groupe auquel j’appartiens [NDLR : Handamité]. J’en suis à mes 7e JMJ. Comme dit mon cousin : « Je suis un routard des JMJ ». Je suis venu ici pour rencontrer des personnes différentes, d’origines différentes. Je suis polyglotte. Je parle anglais, français, italien, espagnol. Pour l’anglais je n’ai pas de mérite, ma mère est britannique. Depuis 6 ans je suis au chômage. J’ai pas grand-chose comme diplôme. J’ai le brevet des collèges, un CAP menuiserie, un BEP distribution. J’ai travaillé un peu partout, dans un supermarché, au changement de pots d’échappements, aux archives de Paris, dans une association pour le compte du ministère de l’Education Nationale. Le chômage, ça va quand même parce que je fais pas mal d’activités chez moi. Mon curé, il m’a mis le grappin dessus, il ne me lâche plus. Je suis sacristain, servant de messe depuis 10 ans.

Avec Handamitié on se voit une fois par mois dans les locaux de la paroisse à Paris, pour une catéchèse adaptée. Cette association est née lors des JMJ de Rome, puis ils ont remis le couvert avec Cologne puis Madrid…

Anne P. : Et toi Alexandre, comment as-tu atterri aux JMJ Hors-Normes ?

Alexandre : Je fais partie d’un clan routier et je suis ici pour aider. Avec les autres Scouts de mon clan, on cherchait à être accompagnateurs. L’Arche nous a orientés vers Handamitié. Je trouve que ça apporte plus d’être au quotidien avec une personne handicapée. Marc est autonome. J’imagine que l’accompagnement est très différent en fonction des binômes. Toi, Marc, tu gères tes vêtements, tes médicaments, ta douche. Seulement, comme tu n’entends pas bien, je te réexplique parfois les consignes. J’essaye juste de savoir où tu es, surtout dès qu’on sort du camp comme hier à Wallonia au sanctuaire de la Miséricorde. A l’extérieur je dois être proche de toi à tout moment parce que tu peux facilement être désorienté.

Marc : C’est vrai qu’à l’extérieur je peux me perdre. Ce n’est pourtant pas la première fois que je viens en Pologne. J’étais aux JMJ de Czestochowa et une autre fois pour un accompagnement de Solidarnosc… ce qui m’a permis de rencontrer de rencontrer des Polonais. Les Polonais sont toujours souriants, à leur fenêtre ils nous regardent. On se dit bonjour.

Anne P. : Qu’est-ce que vous pensez de la vie sur ce camp ?

Alexandre : C’est la première fois que j’accompagne, la première fois que je viens à L’Arche et la première fois que je vais aux JMJ. L’Arche, je savais ce que c’était, et c’est encore plus amical que ce que je pensais. Je découvre tout ce que les personnes avec un handicap peuvent apporter.

Marc : Ça ne me gêne pas du tout de dormir sous la tente. J’étais scout dans ma jeunesse. Ça forme. Etre accompagné par un scout ? Ça me rappelle ma jeunesse.

Anne P. : Qu’est-ce qui vous marque le plus ici ?

Alexandre : Vivre entre accompagnants, accompagnés est une expérience formidable. Quand je vois l’intensité des pré-JMJ, ça donne de bons espoirs pour les jours à venir…

Marc : Un handicapé c’est très attachant. Moi j’appelle ça « une bombe d’amour ».

Alexandre : Ici on fait des free hugs [TRAD : câlins] à volonté. C’est un peu bizarre la première fois mais finalement : On fait plaisir et on se fait plaisir. C’est des petites choses… Une personne qui vient sourire à côté de toi sans raison, ou encore : Moi le matin il ne faut pas me parler. Renaud, 45 ans, 2 doigts à chaque main, est un gars très attachant, qui positive toujours, et tous les matins il disait : « C’est une belle journée ».

Marc : Je le connais bien, Renaud. Il a été abandonné à la naissance, et quand je vois ce qu’il est devenu, je dis « chapeau ».

Anne P. : Que retiendrez-vous des JMJ Hors-Norme ?

Marc : C’est une chouette expérience à vivre. Il faut absolument vivre ça au moins une fois dans sa vie.

Alexandre : Concernant mes choix d’avenir, ces JMJ confirment plutôt mes idées. Je sors d’une année de prépa ingénieur. Les JMJ permettent de prendre le temps de réfléchir sur ce qui nous plaît, ne nous plaît pas. Ça me donne envie de cheminer encore plus comme catholique et ça m’encourage à parler de mes valeurs. J’avais décidé d’aider un jeune en difficulté près de ma prépa, 1h par semaine. Et je me dis que je vais continuer ça.

En savoir plus